Les statistiques ethniques, pourquoi faire ?

3 juin 2009 par Faouzi Lamdaoui | Posté dans Actualités

statesethnik2L’idée de classer les Français selon un sentiment d’appartenance à une communauté ethno-raciale n’est certainement pas dénuée d’arrière-pensées. Instaurer les statistiques ethniques équivaut à l’abandon de notre modèle républicain, au profit d’un système communautariste avec tous les dangers que cela représente pour la cohésion nationale. Ancien Secrétaire national à l’Egalité, j’ai longtemps travaillé sur les questions liées aux discriminations et à la diversité. Mon expérience me permet de dire aujourd’hui que cette stratégie ne fera que renforcer les discriminations. Pis, elle va accentuer la fracture territoriale et la doubler d’une ségrégation ethnique voire religieuse. Cela mènera inévitablement à une fragmentation de la société en groupes ethniques qui défendront les intérêts de leur communauté avant de défendre les valeurs communes à tous. En tant qu’élu d’une ville de banlieue, je sais que de telles velléités identitaires existent déjà à l’état latent en raison du sentiment réel d’abandon dont souffrent nos concitoyens des quartiers et des promesses jamais tenues. Elles sont heureusement freinées par la conception républicaine d’une « nation de citoyens » qui reconnaît les mêmes droits et les mêmes devoirs à ses membres, indépendamment de leur origine. Casser ce dernier rempart est irresponsable et périlleux. Une société saucissonnée en une multitude de petits groupes conduira inévitablement à la concurrence voire à l’affrontement entre communautés avec des conséquences désastreuses sur le vivre ensemble, déjà fragile. Cette stratégie est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient à un moment où Sarkozy a fait un pied de nez aux valeurs républicaines avec son double discours sur la laïcité, les tests ADN ou encore la création du fameux Ministère de l’Identité nationale – en y accolant l’immigration et l’intégration. Les différentes positions de Sarkozy sur ces questions délicates ont un côté nauséabond qui n’augure rien de bon pour la France.

Par ailleurs, prétendre que les statistiques ethniques permettent de lutter contre les discriminations relève de la supercherie. Si nos concitoyens d’origine étrangère sont durement frappés en sont victimes, il n’en demeure pas moins que d’autres catégories de la société souffrent également d’inégalité de traitement. Cela est vrai pour les personnes handicapées, mais également pour les femmes. Faut-il alors créer des fichiers de minorités religieuses ou sexuelles susceptibles, elles aussi, d’être discriminées à l’embauche ou à l’accès au logement ? L’outil des statistiques ethniques ne tient pas devant la réalité des discriminations. Au lieu de les dévoiler, il va, au contraire, contribuer à l’assignation identitaire. En conséquence, cette approche a moins de chances de lutter contre les inégalités que de nourrir les représentations négatives qui les alimentent. Dans ce cas, pourquoi veut-on imposer une telle catégorisation dans la statistique publique pour, soi-disant, lutter contre les discriminations ? Au lieu d’engager la France dans une dynamique communautariste aussi inutile que dangereuse, il serait plus ingénieux de renforcer les lois existantes qui prohibent les discriminations et d’élargir les pouvoirs de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE). Si des inégalités persistent dans notre pays malgré les différents dispositifs législatifs sensés les enrayer, elles le doivent au laxisme de nos responsables peu enclins à les combattre avec opiniâtreté. C’est donc une question de volonté politique.

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