L’Insee prévoit une explosion du chômage d’ici le mois de juin

8 avril 2009 par Faouzi Lamdaoui | Posté dans Actualités

C’est une récession beaucoup plus grave qui se profile, que celle prévue par le gouvernement. Beaucoup plus grave par son ampleur, mais aussi par ses effets multiples sur la vie des Français, sur leur pouvoir d’achat, sur l’emploi et le chômage.. Voilà en résumé ce qui ressort de la note de conjoncture de l’Insee ( 20 mars)

La violence de la récession transparaît d’abord au travers d’un premier chiffre. Le recul de la croissance a été de -1,2% au quatrième trimestre de 2008 contre une prévision de -0,8% en décembre. Et sur les deux trimestres qui suivent la tendance est aussi dépressive, puisque l’Insee escompte une chute du produit intérieur brut (PIB) de -1,5% au premier trimestre de 2009 et de -0,6% au deuxième. Sur l’ensemble du premier semestre de l’année en cours, l’acquis de croissance serait donc gravement négatif de -2,9% à la fin du mois de juin.

Par prudence, l’Insee se garde toujours de faire des prévisions au-delà de l’horizon d’un semestre. La note ne se prononce donc pas sur ce que pourrait être le bilan de l’activité à la fin de 2009. Mais à observer la pente actuelle, on devine que les prévisions officielles du gouvernement, qui parle d’une récession de seulement -1,5% pour 2009, avant un rebond de l’activité de +1% en 2010, n’est pas du tout en phase avec le profil actuel de l’économie. Si l’acquis de croissance est de -2,9% fin juin, il faudrait que le second semestre soit marqué par un véritable boom économique pour que la prévision annuelle du gouvernement se révèle être la bonne.Si la note de l’Insee n’évoque pas l’état des finances publiques, on devine aussi, que les évaluations de Bercy, pour graves qu’elles soient, pèchent sans doute par manque de sincérité. Le gouvernement estime que les déficits publics pourraient atteindre -5,6% du PIB en 2009. Mais cette évaluation est précisément assise sur cette prévision de croissance de -1,5% la même année. Au vu des prévisions de l’Insee, les déficits publics devraient être sensiblement supérieurs à ces -5,6% évoqués par le gouvernement.

-Le pouvoir d’achat est sur une pente très forte de décélération
Effondrement des exportations du fait de la crise mondiale, chute des investissements des entreprises, stagnation de la consommation : tout concourt à creuser la récession, en même temps que ses effets.
Dans ce cycle dépressif, une tendance retient en particulier l’attention : la très mauvaise tenue du pouvoir d’achat des ménages, qui vient alimenter l’atonie de la consommation. En hausse de +2,6% en 2006 et de +3,3% en 2007, cette progression est tombée à +1,2% en 2008. Et on sent bien que le pouvoir d’achat est sur une pente de très forte décélération puisque la hausse est de seulement +0,3% au second semestre 2008 et +0,7% au premier semestre 2009.

Encore faut-il dire que ces statistiques, qui portent sur le pouvoir d’achat du revenu disponible, sont trompeuses puisqu’elles ne prennent pas en compte les évolutions démographiques. Pour bien prendre la mesure de ce que vivent les Français, il faut se référer à une autre série statistique : le pouvoir d’achat par unité de consommation. Or, dans ce cas, les chiffres montrent autrement l’onde de choc de la crise puisque le pouvoir d’achat est quasi stagnant : +0,3% en 2008 après +2,6% en 2007. En clair, comme la récession s’est brutalement creusée à partir du dernier trimestre de 2008, il est probable que les moyennes annuelles que livre l’Insee cachent une évolution récente : le recul du pouvoir d’achat des Français.

-La spectaculaire envolée du chômage
Les effets de la crise sur l’emploi et le chômage vont aussi être gravissimes. Après 117.000 emplois perdus au cours du seul dernier trimestre de 2008 (dans le secteur marchand non agricole), les destructions d’emploi devraient atteindre 197..000 au premier trimestre de 2009 et encore 190.000 au deuxième. Soit une lame de fond de plus de 500.000 pertes d’emplois en trois trimestres. Or Christine Lagarde vient ainsi d’annoncer que le gouvernement escomptait des pertes d’emploi en 2009 à hauteur de… 290.000 !

Si à cela on ajoute l’arrivée des jeunes sur le marché du travail, c’est une véritable explosion du chômage que va vivre la France au cours des prochains mois. D’un point bas de 7,2% de la population active, le taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) va donc connaître sa plus spectaculaire envolée de ces dernières décennies, pour atteindre 8,8% à la fin du mois de juin prochain.

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