L’ancien premier secrétaire du PS appelle à compléter à la fois le plan de relance du gouvernement et celui présenté par Martine Aubry. Les ménages les plus aisés devraient contribuer à cette maîtrise des déficits.
La motion de censure du PS est-elle le signe d’une crise politique ?
C’est le signe qu’il y a une crise du sens de la politique conduite depuis maintenant un an et demi. Et la motion de censure a vocation à appeler à un changement de cap.
La journée d’action de jeudi est-elle porteuse du risque d’une crise sociale ?
Nous ne sommes pas encore dans une crise sociale, mais dans l’exigence d’un dialogue social, qui, s’il était ignoré, ou pire encore rejeté, pourrait conduire à des conflits graves.
C’est au président de la République, puisqu’il veut décider de tout, de prendre la mesure des menaces qui pèsent sur la France. Ou il s’obstine, s’entête, se rengorge, et « tout est possible », comme il l’avait dit lui-même, ou il engage une grande concertation avec l’opposition, les partenaires sociaux et les collectivités locales, et alors le pays pourra, dans cette crise exceptionnelle, prendre des mesures exceptionnelles.
À ce propos, le gouvernement critique la relance de la consommation que propose le PS en disant que cela favorise les importations.
Il n’y a pas que la consommation qui tire l’importation, l’investissement aussi. Si chaque État raisonnait ainsi, je ne vois pas comment nous arriverions à relancer le commerce mondial. Les importations des uns sont les exportations des autres. Et tout plan de relance doit concilier trois impératifs : le soutien à la consommation, la préparation de l’avenir avec l’investissement et la maîtrise de l’endettement public.
Ce qui n’est pas le chemin pris?
Le gouvernement a laissé filer les déficits depuis deux ans, il a décidé d’un paquet fiscal sans effet sur l’économie réelle et il a multiplié les cadeaux, sans réforme structurelle ni pour l’État ni pour la Sécurité sociale, si bien que, hélas, les déficits vont atteindre un record historique fin 2009, sans doute proche de 6 % du PIB.
Le contre-plan du PS ne résout pas cette question?
C’est pourquoi il doit être complété par un plan de redistribution fiscale, qui permette d’éviter la fuite en avant vers l’endettement. Et, comme l’origine de la crise, c’est la déformation dans la répartition des revenus, la sortie de la crise, c’est chercher un nouvel équilibre pas seulement entre capital et travail mais aussi entre les revenus du travail. Il faut revenir sur les baisses d’impôt sur les tranches supérieures, mettre fin aux mécanismes de stock-options, retraites chapeau, primes de départ? et allégements d’ISF.
Deux mois après l’élection de Martine Aubry, la tension reste vive au PS. Comment y remédier ?
Le Parti socialiste doit être à la hauteur de la situation. Il ne doit pas être tourné sur lui-même mais vers les Français. Il y a trois urgences : la pugnacité, dans son travail d’opposition, l’unité dans les rapports avec lui-même, et la crédibilité, car la présidentielle de 2012 se jouera essentiellement sur cette question. Pas simplement qui veut mais qui peut mettre la France sur la voie du redressement et de la croissance. L’unité, c’est la première étape de la crédibilité. Quant à la pugnacité, mieux vaut l’avoir avec ses adversaires qu’avec ses amis.
Propos recueillis par Hélène Fontanaud et Ivan Best.
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